Système National d’Alertes au Public

Publié le par Julie M.

Système National d’Alertes au Public

C’est donc ça. 4 petites lettres qui ont pour but d’alerter, d’attirer notre attention. 4 petites lettres qui permettent de tisser un lien. Un lien brusque et instantané entre moi et eux.
Délicieux ce que je mange. SNAP.
Oula, je suis fatiguée. SNAP.
Le bonjour du vendredi. SNAP.
Hey, je ne suis pas maquillée ! SNAP.

Certains dénonceront la malveillance de ce nouveau joujou. Certains prôneront l’efficacité sociale de cette façon de communiquer.
Alors oui, on peut douter de cette attache photographiée qui nous unit à notre voisin, notre cousin ou même à l’ami de notre frère. Oui, on peut se dire qu’elle est tout sauf durable, qu’elle donne l’illusion d’une intimité au final inexistante mais surtout éphémère.

Mais rendons aux snapers ce qui appartient aux snapers… Quand vient l’heure de partager, quand vient l’heure d’envoyer une jolie grimace accompagnée d’un « bonne journée », le destinataire reçoit ce simple petit et son regard s’illumine. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, et la curiosité grignote une part de son cerveau. L’excitation pointe le bout de son aile – car l’excitation a des ailes puisqu’elle permet d’aller tout là haut, au xième ciel – et, quoique l’on fasse, on veut, on désire, maintenir son doigt appuyé sur le fameux « maintenez pour voir ».

Un partage de moments. Un partage de bouts de soi. Un moyen qui permet à chacun de s’accrocher à son voisin. Même si ce n’est que par leurs ourlets de pantalons, et par un fil ultra fragile. Un moyen qui nous fait sentir « spécial », puisque, oui, on en reçoit des snap. Même si la photo est envoyée à tout son carnet d’adresse. Un moyen qui crée des anecdotes, qui crée des petits souvenirs, qui nous insère un peu plus dans la vie de l’autre. Même s’il est possible que dans 1 an on n’entende plus parler de cette personne, au moins, on aura partagé. Un cours instant, on l’aura connu sous un jour différent. On l’aura vu au réveil. On l’aura vu boudeur. On aura vu son repas préféré. Et la vie n’est-elle pas finalement qu’une succession de courts instants ? Alors autant les apprécier. Un par un.

Tout ceci, toutes ces sensations de connexions, sont indéniablement le début, l’ébauche, d’une journée réussie.

SNAP, au pouvoir anti-morose, la descendance de Supercalifragilisticexpidélilicieux ?

Et puis, avouons-le, savoir que ces photos ne resterons pas dans l’appareil de notre destinataire, facilite grandement notre côté foldingue. Cela permet un lâcher pise total, un oubli du « politiquement correct », une mise de côté du contrôle quotidien de notre image. Bon, on peut faire une capture d’écran, oui. Mais… chut.

Pour terminer, je dirai plutôt Surtout N’hésitez pas A Photographier.

P(our).S(ituer) :
Pour ceux qui ne connaissent pas, pour ceux qui n’ont pas succombé à l’attraction fatale de ce clic au bout du doigt, voici une description du SNAP : message photographié instantané qui peut être envoyé à ses contacts (instantané par le fait qu’il ne peut être visualisé que quelques secondes).
C’est vrai, j’aurais peut-être dû commencer par là…

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Mic 29/05/2015 13:39

Très beau texte, et comme d'habitude, jamais là où l'on t'attend ... J'ai moi-même succombé au SNAP, et je suis accroc au tien :) PPF PTLV

Delphine 27/05/2015 22:07

Mouais....je ne suis pas convaincue, je n'ai donc pas succombé à l'attraction fatale...suis trop exaspérée de toutes ces têtes braquées sur ce mini écran qui devient l'extension de bcp de bras ...de partout ou tu te trouves rares sont les visages qui ont le nez en l'air.....je trouve le décor assez triste...