Brûler pour effacer

Publié le par Julie S.

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Brûler pour effacer

Je coule. Je vous jure, je coule. Littéralement. Quelle quantité d’eau perdue maximum peut-on supporter ? C’est la question que je me pose. Ça inonde tellement mes pensées, que je perds le fil. On peut mourir de transpiration ? J’en suis persuadée... 
10H, 15h, 18h, je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est. Elle se termine quand ma journée ? J’attends la sonnerie comme on attend le glas, mais celui de la libération. Pour demain... Chaque chose en son temps. Pour l’instant je pense à maintenant. Et je veux que ça se termine. Je fais tout ça machinalement. 
- Plus vite. 
Ils nous répètent ça inlassablement. Comme si on pouvait aller plus vite. On a le regard vitreux. On se regarde, on se comprend, on se soutient. Mais tout ça en silence. 

Ces flammes... J’ai chaud. Mais je tremble. Je tremble de peur que mon tour n’arrive. Pourquoi y échapperai-je ? Je suis comme elle. Comme lui. Mais pour le moment, je suis de l’autre côté. Je ne sais pas si je préfère. Je pleure en silence. Comme tout le monde ici. 
-Toi, réveille-toi ! Dépêche-toi !

On a du travail. Chaque jour un peu plus. Chaque jour leur sourire devient un peu plus menaçant. Ils se sentent forts. Ils le sont. Nous ne sommes rien. Ni pour eux, ni pour nous. Plus rien en tout cas. On l’a été. On était un frère, une fille, une mère, un père. On est maintenant que du bétail. Et encore. Leurs esclaves. Jusqu’à perdre toutes nos forces. Ils nous épuisent, nous essorent, nous enlèvent toute once de vitalité, d’espoir, de lueur. Ils prennent plaisir à nous voir sombrer. Ils nous poussent vers ce fossé dont on ne ressortira jamais. 
Mon tour arrivera. Je le sais. Pour l’instant, ils ont besoin de moi. Je les aide. Je me déteste. Je me vomis. J’aimerais me pousser moi-même dans ce fossé. Et ne jamais ressortir. A quoi bon ? Pourquoi revenir ? Pourquoi tenir ? Mais je ne le fais pas, et je reste là. A faire ce qu’ils me disent de faire. A leurs sourire, un peu, en espérant qu’ils seront reconnaissants. Qu’ils ne m’oublieront pas. Qu’ils penseront à moi pour une quelconque récompense. N’importe quoi. Juste un sursis. 

C’est lourd. Bizarrement, c’est lourd. C’est vide, mais ça pèse. Ma culpabilité a sûrement remplacé tout ce qui n’est plus là. Putain, j’ai chaud. Heureusement qu’il n’y a pas de miroir, je crois que je me cracherais dessus. Est-ce que seulement je me reconnaîtrais ? Mes traits ont changé, je le sais. Je ne serai plus jamais la même. Plus jamais. Et je n’aimerais pas la personne que je serai devenue. Et je ne veux pas vivre avec ce que je sais. Avec ce que j’ai fait. Et je ne veux pas, je ne veux pas, je ne peux pas, non, je ne peux pas... Je ne peux plus... 
-Toi, qu’est-ce que tu fais ?
Mon corps cède. Mes pieds ne me portent plus. Mes jambes se plient. Mon âme est en fuite. Elle me quitte. Je la vois qui s’éloigne. Je lui fais un sourire. Je tends la main, essaye de la retenir... Viens... Je murmure...
-Relève-toi !
J’entends un gros « crac », la cravache s’abat sur ma main. Je n’ai pas mal. Je n’ai plus mal. Je veux ma libération. Je m’effondre complètement sur le sol. Aidez-moi.
-153849 et 145309, ramassez-le. Extermination, jetzt ! Schnell ! Schnell !

Je sens 2 paires de bras sous mes épaules. Ils me soulèvent. Ils sont là pour me sortir de mon cauchemar. Je crois entendre un « pardon. On se revoit vite ». On prend le même train ? Viens, on part en vacances. Je sens le soleil sur ma peau. Il se rapproche de plus en plus. Il est chaud. Il me brûle presque. Je crois que mon salut est là. Désinfection par anéantissement total. 
-Arbeitet ! Schnell !

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Mic 20/08/2019 15:52

Magnifique, une claque! Gorge sèche, les yeux écarquillés, on lit en dévorant les lignes pour savoir, puis on comprend et ça nous glace encore plus le sang! Bravo, pas un mot de trop, pas de fioritures, juste de la littérature!

PAPIMO 20/08/2019 11:25

On se demande que fait elle, où est elle, puis on comprend, .... magnifique...